LE PATCHOULI

ESSENCE DE PURE PASSION

Le Patchouli ? j'adore ! Moi ? je déteste ! S'il est une matière qui segmente, c'est le Patchouli. On l'aime pour sa puissance et sa sensualité, on le déteste pour les mêmes raisons. Même si le temps des postures militantes liées au Patchouli sont d'un autre âge, son sillage (quand une formule ose le mettre au sommet de l'édifice) revendique aujourd'hui une personnalité toujours aussi affirmée.

Le Patchouli (Pogostemon cablin), est une plante tropicale originaire de Malaisie, d'Inde et du sud-est de l'Asie. Il est cultivé principalement en Indonésie. On note toutefois le développement de la culture du Patchouli dans le nord du Rwanda depuis le début des années 2000.

Selon la classification scientifique, elle fait partie de la division des magnoliophyta, de la classe des Magnoliopsida, de l’ordre des Lamiales, de la famille des Lamiacées, du genre des Pogostemon.

 

Le Patchouli fait partie de la famille olfactive des boisés, on le trouve également dans les parfums chyprés.

Le Patchouli est surtout présent en parfumerie et en cosmétologie. Toutefois, il a pu être utilisé en médecine traditionnelle chinoise sous la forme d'infusion pour traiter les troubles intestinaux notamment, et possède des propriétés antalgiques et antiseptiques.

 

Puissant, à la fois boisé et terreux avec des notes fumées, camphrées, on peut également y détecter des notes de moisi.

Son nom, apparu au commencement du XIXème siècle semble correspondre à un mot Tamoul. Le Tamoul ou Tamil est une langue dravidienne, et la langue des Tamouls. Apparue il y a plus de 2500 ans, elle est l'une des plus anciennes langues du monde encore parlée aujourd'hui.

 

Le Patchouli apprécie un sol assez drainant mais pas trop sableux. Ceci pour avoir une réserve d'humidité optimale. La plante n'aime ni la sécheresse, ni les eaux stagnantes. Son feuillage est persistant. Il est indispensable de tailler la plante pour qu’elle se renforce et densifie son feuillage. Elle se renouvelle par marcottage pour ainsi garder une parcelle productive en permanence. Le patchouli se doit d'être récolté tous les trois à quatre mois, soit autant de récoltes par an. Une plante en bonne santé peut produire un kilo de feuilles fraiches par récolte, soit trois kilos par an.

La première récolte de la plante se fait au bout de six mois après la plantation, et sera exploitée deux à trois ans. la récolte se fait "à trois nœuds" depuis l'extrémité de la branche. L'huile essentielle se concentre en effet à l'extrémité des tiges. Fraîches, les feuilles n'exhalent que peu de parfum. Les feuilles sont donc mises à sécher à l'ombre. Séchées en plein soleil, elle perdrait en concentration d'huile essentielle, C’est une fois les feuilles sèches que les différentes molécules comme le patchoulol se développent. Quand elle ne fait pas l'objet d'une extraction trop précipitée, cette matière est magnifique. Il est dit que récoltés dans les règles de l'art, les feuilles sont mises à sécher après récolte sur de l'humus frais et humide, ce qui renforce cet aspect terreux. Cette technique reste toutefois à être confirmée. La méthode d’extraction aux solvants volatiles est également utilisée pour obtenir l’huile essentielle.

Un parfum de réussite

 

C’est en Angleterre que le Patchouli, en provenance de l'Indonésie, commença à diffuser son parfum. Durant l'époque Victorienne, on faisait grand usage de ses feuilles dans des pot-pourris et parfums. Ce n'est qu'en 1850 que le premier sillage de Patchouli remonte les grands boulevards parisiens. Les parfumeurs n'avaient pas manqué de remarquer que les parisiennes appréciaient les châles de cachemire en provenance d’Indonésie et d’Inde, en particulier pour leur parfum. Non pas qu'ils étaient parfumés avant d'être expédiés, mais des feuilles de Patchouli étaient glissées entre les étoffes pour éloigner lors du voyage les mites et autres insectes ravageurs. La carrière du Patchouli était lancée en France.

Le Patchouli fut immédiatement adopté par les demi-mondaines que l’on nommait si délicieusement les « grandes horizontales », dès lors qu’il fit son apparition dans les formules des parfums du second Empire. Très vite, le Patchouli reçu la distinction de parfum de l’amour. Un parfum de sensualité qui planait entre autre dans les boudoirs et autres alcôves empourprés de velours rouge et de sofas profonds. Cette réputation sulfureuse fut entretenue par les épouses légitimes (comment ne pas les comprendre) de messieurs enfiévrés, certainement sous l'influence et la magie de cette matière.

Le Flower Power

 

À partir des années 60, le Patchouli devient la signature olfactive du mouvement Hippie. Sa personnalité si controversée se fondait parfaitement dans le parfum de contre-culture qui flottait dans l’air à cette époque. Ainsi, le Patchouli entrainera dans son sillage toute une génération de voyageurs, d'artistes et de non-violents qui voyaient dans l’orient, l’essence même d’une nouvelle spiritualité basée sur la paix et l’amour.

Encore l’amour, toujours aussi libre (mouvement du "free love") mais cette fois hors de l'alcôve, en plein air et en plein jour ! Le Festival de Woodstock (Trois jours de paix, de musique et d’amour) en 1969 en fut le catalyseur. Mouvement Hippie mais aussi médecine traditionnelle chinoise, époque Victorienne, second Empire, ... Le Patchouli est riche de culture et d'histoire. Cette transversalité temporelle au-dessus des modes est le signe que le Patchouli est une matière éternelle constituée pour traverser les époques sans encombre.

Le Patchouli, un parfum fait de réminiscences 

 

Non content d'avoir marqué les époques durant des siècles, le Patchouli peut s'enorgueillir d'avoir également marqué l'histoire de la parfumerie française. Dès 1925. cette matière signait un grand succès qui se transmet encore de nos jours de mère en fille : Shalimar.

C'est peut-être en 1970 que le Patchouli bascule dans les temps modernes si l'on peut dire, sans pour autant renier ses origines, comme s'il n'était pas entier sans sa sulfureuse réputation. Sans adjectif dans le nom du parfum et surtout sans compromis, Réminiscence signe "Patchouli" (Messieurs Maurice Sozio et Nino Amaddeo). Une formule en forme d'hommage dans laquelle la matière exprime toute sa splendeur et sa sensualité.

Passé ce moment de bravoure, il fera partie de la distribution de nombreux hit comme Aromatic Elixir, Paloma, mais y restera somme toute assez en retrait. C'est Angel au début des année 90 qui lui redonnera sa place au sommet avec près de 30% d'essence pure ! Comme "Patchouli", la matière y exprime une sensualité sans limite qui sied aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Et aujourd'hui ?

 

Le Patchouli amorce son retour dans bon nombre de formules depuis une dizaine d'années. L'huile essentielle mais aussi des fractions (essence redistillée et ainsi séparée des phases trop lourdes) marquent le plus souvent de leur présence les notes de fond. Mais loin d'un soliflore, la matière est souvent assez couverte et là pour donner de la structure, de la tenue, voire de la prestance à l'édifice.

On retrouvera le Patchouli dans les accords chyprés associé au ciste-labdanum, à la bergamote ou encore à la Mousse de Chêne. Dans les boisés au cœur riche et chaud, le patchouli partagera la pyramide avec le santal et assez souvent des notes aromatiques, mais côté héspéridés, pour rafraîchir la figure. Un rôle qui tout de même peut paraître bien secondaire pour une matière qui en d'autres temps, fut une matière meneuse dans le sillage de laquelle s'est engagée toute une génération d'esprits contestataires !

 

Pour ce qui est des fractionnements, on peut se demander s'ils ne sont pas en train d'entamer son caractère, sous prétexte de la rendre plus présentable en gommant les aspects qui dérangent (notes terreuses, notes de moisi...). Ainsi, ne risque-t-on pas de perdre l'âme de la matière en la faisant rentrer dans le rang ? À force de trop connaître leur cible, les services marketing ont souvent ce défaut de penser pour ces mêmes cibles. Pourtant, les immenses succès "Patchouli" et "Angel" plaident pour un Patchouli au sommet de la pyramide.

L'intention, louable, est de faire aimer au plus grand nombre cette matière, mais à quoi bon s'il s'agit de lui rogner les griffes !

Le mieux ne serait-il pas de laisser le public continuer à follement adorer ou délicieusement détester cette matière qui ne connait pas le compromis car constituée d'essence de pure passion. 

M.E-S

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