LA FÈVE TONKA

FÈVE TONKA, COUMARINE, LES JOYAUX NE SONT PAS QUE DES PIERRES.

Logée à plus de trente mètres de haut dans la bogue du fruit du Teck Brésilien ou Gaïac de Cayenne, la Fève Tonka était prédestinée aux positions dominantes. Elle figure encore aujourd’hui au sommet de la pyramide de bons nombres de formules de parfums.

 

Le Dipteryx Odorata, ou Gaïac de Cayenne, est originaire d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Cultivée du Brésil au Mexique, il fait partie, selon la classification scientifique, de la division des magnoliophyta, de la classe des Magnoliopsida, de l’ordre des Fabales, de la famille des Fabaceae, du genre des Dipteryx.

 

On trouve la note Tonka dans la famille olfactive des Fougères, des Orientaux, des boisés et même de certains Fleuris.

 

Elle fut utilisée pour parfumer les desserts et autres pâtisseries. Son dosage est toutefois réglementé par le Codex Alimentarius en 1985. On prête également à la Fève Tonka ou plutôt à son dérivé, la Coumadine, des propriétés thérapeutiques anticoagulantes. La Fève Tonka servira également à parfumer le tabac notamment à pipe. Qui ne se souvient pas de l’odeur si douce de l’Amsterdamer au moment où l’on ouvre le paquet ? Ce parfum est celui de la Coumarine. Ce n’est d’ailleurs plus qu’un souvenir, car l’aromatisation du tabac à la Coumarine est désormais prohibé.

 

Un arbre peut produire environ 15kg de fèves par an et la production globale peut aller jusqu’à 100 tonnes par an.

 

La hauteur des arbres (entre 25 et 30 mètres), n’est pas un souci pour la récolte. Les fruits qui arrivent à maturité en hiver, se décrochent d’eux-mêmes au printemps. Il ne reste plus qu’à les ramasser. Le Teck Brésilien aura été généreux jusqu’au bout. Les fruits sont ouverts pour libérer les Fèves. Leur peau est brune et leur chair de couleur jaunâtre.

 

Au sortir de sa bogue, la Fève Tonka a un nez amandé, accompagné de notes grillées, de foin séché. Mais c’est après un processus réparti sur plusieurs jours que la Fève Tonka déploie toute la richesse de sa palette olfactive.

 

Les fèves sont mises à sécher à l’ombre pour ensuite être plongées dans un bain de macération d’alcool pendant une demi journée. Cet alcool peut être du rhum. Une ultime étape de séchage de 6 jours est ensuite observée. C’est au terme de cette phase que les cristaux de coumarine se forment sur les fèves. Les fèves sèches contiennent de 1,0 à 1,3% de Coumarine.

 

Suite au traitement aux solvants volatils, il restera un résinoïde qui, après rinçage à l’alcool, donnera l’absolu.  

 

La Fève Tonka se révèle alors taillée comme un diamant dont les multiples facettes brilleront au rythme des d’éclats de notes gourmandes, amandées, vanillées voire de sucre cuit, mais aussi de tabac blond, de notes de foin coupé, de notes poudrées.

 

C’est la Coumarine qui fera le succès de la Fève Tonka. Composant majeur de la Tonka, la Coumarine tire son nom de kumarú, nom de l’arbre produisant le fruit dont les graines sont les Fèves Tonka (voir plus haut), en langue amérindienne Tupi de Guyane. Il est à noter que le nom Tonka vient aussi du Tupi.

La Coumarine a la particularité d’avoir été l’une des premières synthèses aromatiques. Elle fut créée dans la deuxième partie du XIXème siècle en 1868 par un chimiste anglais : William H. Perkin.

 

« Fougère Royale »,

le couronnement de la Coumarine.

Dès 1884, Monsieur Paul Parquet, intègre cette molécule de synthèse dans la formule du célèbre « Fougère Royale » pour la Maison Houbigant. Cette prestigieuse maison fut créée par Monsieur Jean-François Houbigant en 1775.

 

En créant « Fougère Royale », Monsieur Paul Parquet, non content de composer un véritable hit, créera par la même occasion la famille olfactive des Fougères. Note masculine de référence, la base de l’accord Fougère se compose de : Bergamote, lavande, coumarine, géranium, mousse de chêne.

 

La Tonka deviendra très tôt la matière fétiche de la Maison Guerlain marquant de sa présence dès 1921 la « Guerlinade » où se retrouvent la Bergamote, l’Iris, la Rose, le Jasmin, la Vanille et la Fève Tonka.

C’est d’ailleurs en 1889 que les premiers sillages de Fève Tonka estampillés Guerlain planèrent sur Paris avec « Jicky ». Composée par Monsieur Aimé Guerlain, « Jicky » est un monument, mieux, un chef-d’œuvre. Le départ hespéridé et Aromatique est vif et vert, mais la Coumarine dans son accord Fougère à tôt fait de réchauffer l’atmosphère, si l’on peut dire, avec des notes plus douces et sucrées, accompagnée d’Opoponax, d’Iris, de Vanille et bien sûr de Fève Tonka. Le joyau olfactive était destiné aux dames, ce sont les hommes qui s’en empareront, littéralement envoutés par cette formule qui réussit à marier la fraicheur et l’intensité.

La synthèse devient toute naturelle.

Les matières synthétiques ont révolutionné la composition des parfums. Elles firent d’une part entrer le parfum dans les temps modernes et d’autre part, offrirent une plus grande souplesse et beaucoup plus de possibilités aux créateurs, car elle diminuait entre autre les coûts au regard du naturel. Cela est d’ailleurs encore exacte aujourd’hui.

 

Toutefois, le contraire est aussi vrai aujourd’hui. On note en effet un retour du « naturel » pour ce qui est des marques niches. Dosée abondamment, la Coumarine peut créer un effet, le mot est peut-être fort, quel que peu caricaturale. L’ajout de la matière naturelle de Fève Tonka permet de gommer cet effet, d’arrondir, d’apporter une facette plus chaude, plus puissante, et surtout plus naturelle. Une formule où la fève Tonka serait dosée 100% en naturel serait hors de prix. Associée à la Coumarine synthèse, la formule redevient abordable. On serait ainsi tenté de dire que le naturel et la synthèse sont indissociables quand il s’agit de la note Tonka.

La Coumarine partout "sous notre nez".

Les graines du fruit du Gaïac de Cayenne ne sont pas les seules à produire la Coumarine. Bon nombre d’espèces de végétaux parfois très communes en renferment des quantités non négligeables :

• La Flouve Odorante ou « Chiendent Odorant » de la famille des graminées.

• La Mélitte à feuille de mélisse (feuilles et fleurs fraiches).

• La Cannelle de Chine ou Casse. Il convient d’ailleurs de dissocier la cannelle de chine de celle de Ceylan. Cette dernière est indemne de Coumarine ce qui n’est pas le cas de la Cannelle de Chine qu’il faut doser avec beaucoup de modération

• La feuille de Maïs.

• La Lavande Vraie, plus riche en Coumarine que la Lavande Aspic.

• L’Angélique Officinale.

• La Berce du Caucase. Cette plante qui peut atteindre une taille gigantesque, peut causer de graves réactions phototoxiques par contact.

• La Vanille Pompona qui a pour molécule principale la Coumarine, exhale des notes de feuilles de tabac et de réglisse.

 

Des pépites pour des précieux.

Il reste que le plus bel endroit où retrouver la Fève Tonka et la Coumarine est bien le parfum. Des Maisons nous les font redécouvrir toutes les deux de la plus belle des manières dans des formules tantôt gourmandes, tantôt un peu plus sur l'amande amère.

Ces petites graines toutes sombres sont pareilles à des pépites tant elle rendent précieux les parfums qu’elles honorent de leur présence.

M.E-S

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